Confessions d’une fille actuelle (4)

Capture d’écran 2014-11-10 à 20.55.52 PS : Cette histoire et les personnages sont fictifs.


 

J’aimerais bien vous dire que je suis tout à fait dans les temps pour mon rendez-vous , qu’il n’y avait ni bouchons sur la route ni aucune panne que ce soit par rapport à l’automobile que je conduisais; mais la vérité est toute autre: j’ai eu tous les ennuis du monde pour arriver à mon entretien , du policier motivé au contrôle (je dirais terroriste à la limite) aux feux de circulation en hibernation en passant par la place de parking introuvable. Humeur -90!

Je suis donc présentement assise dans la salle d’attente aseptisée du gigantesque immeuble Scorm qui a plus des allures d’hôpital qu’autre chose, patientant , l’espoir au coeur , d’être  reçue malgré les 20 minutes de retard que j’affiche au compteur. La secrétaire, une grande blonde filiforme en tailleur , l’air renfrogné ,me jette des coups d’oeil intermittents derrière son bureau. Je l’ignore copieusement et réajuste ma tenue l’air de rien. Peut être une photo de moi ? je penserais à lui proposer. L’écran plat situé en hauteur relaie les informations sur la chaîne nationale; des grèves dans les entreprises minières à l’est, le taux de chômage en hausse et les réformes sur l’éducation récemment votées au parlement. J’y jette un regard désintéressé, le journal TV de ce pays me démoralise en général.  Bon pour quelqu’un qui s’apprête à passer un entretien ce  ne serait vraiment pas du luxe de se tenir à la page je sais, mais entre mes escarpins qui me font souffrir et mon manque de sommeil chronique…

L’immense porte en bois s’ouvre sur un charmant jeune homme en costume cravate, attaché-case sous le bras et sourire satisfait aux lèvres; il serre la main à quelqu’un que je n’arrive pas à voir d’ici. C’est un des candidats au poste. merde. Je me dandine sur mon siège, c’est mal barré. La blonde me toise, je suppose que ça veut dire que je peux y aller; Rassemblant toutes mes affaires (et accessoirement mon optimisme), je me rends dans la pièce d’à coté.

Le bureau dans lequel je me glisse est immense.Il a pratiquement la taille de mon appartement tout entier; décoré dans des tons chauds, il est tout de marbre fait. La vue qu’il offre surplombe toute la partie Nord de la ville, les nuages ont l’air a portée de main et les rayons de soleil semblent s’y engouffrer dans un balai splendide.

« Approchez mademoiselle »

Je sursaute presque. J’en avais oublié la raison de ma présence ici et surtout l’homme qui se tient près du bureau en chêne massif. Il est de dos , tripatouille des dossiers la mine sombre. J’avance prudemment

« Vous êtes en retard, est ce acceptable ? »

Cette voix…

L’homme qui se retourne et me fait ainsi face, a des traits superbes, un regard perçant et une carrure impressionnante. Mon pouls s’accélère. Ces lèvres… Nul doute possible, il a hanté mes pensées pendant les dernières heures, c’est James, l’apollon du resto. J’essaie de me ressaisir en vain, ma jupe me parait soudain trop serrée. Le jeune homme affiche à cet instant un sourire éclatant et lâche :

« – Vous êtes la jolie fille du resto…hier , on s’est vu…

Jolie fille. Oui, il y a quelques heures, je te voyais dans mes rêves surtout…

-Ah ouiii, je me rappelle maintenant. Enchantée .

J’ai sorti mon sourire le plus radieux, ce n’est même pas de mon propre fait, la joie s’est emparée de tout mon être. Il s’avance et saisissant ma main tendue, y dépose un baiser léger. Le contact peau contre peau me fait frissonner, mais il fait mine de n’avoir rien remarqué,je lui en suis reconnaissante. James me fait signe de prendre place. L’entretien débute.

-Alors, parlez moi un peu de vous Mademoiselle Typhanie, je lis à votre remarquable CV que vous avez déjà beaucoup d’expérience dans le domaine de la communication, où avez vous fait …

Je ne suis pas très concentrée , je réponds à ses questions machinalement; mon attention est fixée sur ses lèvres, plus roses qu’hier. Il enchaîne questions sur questions, son ton est mielleux, doux. Je remarque ses mains, pas d’alliance , jubilation intérieure. Le flot d’interrogations se fait moins fluide, on glisse vers le domaine des centres d’intérêts. Je me ressaisis aussitôt.

-Très bien, je vois que vous pratiquez la natation synchronisée? c’est assez inhabituel comme sport. Qu’est ce qui vous plaît là dedans?

Il a l’air amusé. Je sais bien que ce passe temps est risible mais je le pratique depuis mes 11ans donc c’est devenu un rituel pour moi.

-Je ne sais pas, j’aime la danse et la natation. J’aime la technique que ça requiert,la concentration, la souplesse…

Son sourcil s’est arqué, il est intrigué.

-Vous vous qualifierez donc de souple ?

Sa question a une connotation perverse ou c’est moi? Je rougis sur le champ.

-Non non c’est pas ce que je voulais dire, enfin si mais bon pas dans ce sens la…

Je bafouille, gênée; il me fixe toujours, je n’arrive pas à décrypter son regard.

-Quel est le sens auquel vous pensez?

Le sens auquel tu penserais aussi si on rentrait tous les deux chez toi James.

-euh…

Il s’est redressé dans son fauteuil, face a moi il a pris le dessus c’est  certain. Je suis mal à l’aise(normal je suis en train de foirer mon entretien).

 

-Vous êtes très jolie Typhanie, avez vous quelqu’un dans votre vie?

Cette conversation prend une tournure non professionnelle. Le regard de mon interlocuteur me scrute. Je déglutis.

-Et vous?

J’ai essayé de paraître espiègle mais ça a sonné plutôt faux je dois dire. Il n’a pas cilié, impassible.

-Vous savez, je le demandais juste pour les besoins du poste.Voyez vous, les femmes célibataires sont plus disponibles et enclines à faire des heures supplémentaires. La boite en réclame environs 2 par semaine, le plus les weekends

Oups, autant pour moi, nous étions toujours pro. J’ai sûrement dû passer pour une allumeuse.

-Votre question à vous n’était donc pas pour les mêmes raisons, je me trompe?

Je suis horriblement gênée je ne peux dire mot. Le silence s’installe lourd, pesant.

Soudain il grimace. Me serre rapidement la main et me fait comprendre que c’est terminé; on me rappellera etc…il me reconduit vers la porte et me dit au revoir. J’essaie de lire dans ses yeux les sentiments qui l’animent. Est-il en colère? Veut il se débarrasser de moi? Je suis toujours choquée, son changement d’humeur m’a perturbée, il était si chaleureux au début et puis si …formel. Bref j’ai gâché ma chance.

Je me détourne lentement , le moral dans les chaussettes. La méprisable blonde a l’air de me détester encore plus qu’il y a 20 minutes, je la fusille du regard et la dépasse rapidement. Dans l’ascenseur mon portable sonne, strident. Maman. J’inspire calmement et expire bruyamment tout de suite après.

« Allô Maman….oui maman je vais bien….oui j’ai eu tes messages….bah je ne sais pas, peut-être que je suis une étudiante débordée et que donc je n’ai pas forcément le temps de te….oui maman….non je sors d’un entretien à l’instant….mal …..d’accord, je t’ai déjà dit que je venais de toute façon….non maman je n’ai pas de fiancé…..il va falloir que je te laisse…oui bisou je t’aime …. »

Ma montre n’indique que 11 h et pourtant je sens que ma journée est déjà foutue toute entière. 11H….11H…11H….. BORDEL j’ai un test de digital média dans 25 minutes exactement. Je pousse un cri intérieurement, ce n’est vraiment pas ma journée.

 

12H15

J’émerge enfin de la salle d’examen, le cerveau en feu. Le terme incompréhension est un pur euphémisme par rapport à la situation que je viens d’affronter; Mais qu’est ce que c’était que cette épreuve de merde? Rien à voir avec les 8 chapitres qu’on s’est gracieusement tapé depuis le début de l’année, noooooooooon, ce serait trop demander que d’avoir des sujets relatifs à notre cursus! Je retire ma veste, furieuse.

« -Salut Typhanie,tu es resplendissante comme toujours »

Je fais volte face. Ah c’est Marc-André. Je soupire; le sort s’acharne vraiment contre moi aujourd’hui.

-Merci c’est gentil.

Je remets finalement ma veste, je veux pas qu’il…

-Tu as des formes envoûtantes très chère.

Trop tard. Bon je vous explique, vous connaissez toutes( les filles) le mec oublié par la beauté et absolument relou qui se prend pour un charmeur et drague tout ce qui bouge genre en mode séducteur aguerri? Bien-sur que vous le connaissez. Marc-André  c’est donc mentor de tout ce genre de mecs!!! Je n’ai qu’une envie, prendre mes jambes à mon coup….c’est ce que je fais d’ailleurs.

-Mais où vas tu? Je voulais juste te dire qu’on a constitué les groupes en info et que t’es avec moi ma belle. Attends, pas si vite…. »

J’accélère la cadence désireuse de m’échapper  le plus vite possible; un travail de groupe avec ce naze? Jamais. Mes nerfs bouillonnent, mon estomac crie famine. Je compose rapidement le numéro de Carla avant de franchir la porte du hall d’entrée,

« salut tes où?

« oh mais ça serait pas Mademoiselle la lâcheuse? Je me suis tapée des shoots sans toi hier, t’as pas honte de ton comportement?

« Si, beaucoup, je ne suis pas sortie me saouler, je suis une vilaine fille…bon écoute, je meurs de faim, ma journée jusqu’ici est horrible. Retrouve moi chez…

« Ah désolée ma choupette mais là je peux pas, Joey m’emmène déjeuner là tout à l’heure , tu sais qu’il a jamais de temps de libre depuis qu’il fait son internat et tout…

« OK ça va, pas grave.

« Mais tu peux venir avec nous on va au resto sur la rue de Pierre Troie , près de l’hôtel…

« Non non ça va, je vais avaler un sandwich et retourner en cours; A plus tard

« Au revoir ma chérie.

Je lutte intérieurement pour ne pas péter un plomb; Cette journée pouvait elle être pire? Faisant demi tour, je franchis rapidement le palier qui mène à la cafétéria, attrape un sandwich au vol et retourne m’installer en classe. J’ai encore 3 h de cours à venir, pff.

17 H 30

Je franchis enfin le seuil de ma porte, épuisée. Je sais que Zack est là vu que j’ai ses clés de voiture et lui les miennes  et qu’en entrant j’ai aperçu ma voiture garée sur le parking. Enfin un peu de bonheur dans cette journée chaotique. Mon appartement est rangé, parfumé à la rose et une certaine sérénité en émane; Zack a fait le ménage!!! Je dois vraiment lui faire un bébé, c’est décidé. Il est assis sur le sofa devant la télé, quand nos regards se croisent, le sourire que j’affichais s’évanouit aussitôt, il a un air tellement renfrogné. J’ai à peine le temps de me débarrasser de mes affaires qu’il me balance de sa voix la plus grave:

« Faut qu’on parle »

Mon sang se gèle instantanément, j’ai un mauvais pressentiment ET JE FAIS BIEN;

Je vais vous épargner la désolante conversation qui a suivi. Trop pathétique pour être transcrite. En gros Zack avait passé la journée chez moi, jour de congé au boulot m’a t-il expliqué. Toujours est il qu’il avait à un moment donné décidé de faire le ménage à la maison(maniaque qu’il est, il ne supporte pas vraiment mon désordre malgré ses 10 ans d’expérience). Le gentil bonhomme avait donc balayé, frotté, récuré toutes les surfaces de mon logis puis s’était lancé dans le rangement de mes placards. Il avait dû rapidement abandonner, le défi étant trop grand pour lui; Jusque là tout va bien, il mériterait un immense gâteau au chocolat pour sa gentillesse. Là où l’histoire devient moins rose c’est quand Zack tombe sur mon armoire à pharmacie….essentiellement constituée de test de grossesse, de régulateurs d’ovulation et tout un tas d’autres trucs dont il n’avait pas trop pigé l’usage. Zack, malheureusement pas con, avait compris que j’essayais de tomber enceinte et bien-sûr sans son avis. S’en était donc suivi une grosse dispute, des mots avaient été lancés (folle, psychopathe, irresponsable, menteuse, déception), des assiettes avaient volé en éclat, une lampe de chevet avait été brisée….c’était une dispute de rupture. Bon techniquement on avait jamais vraiment été ensemble mais on était très proches ces derniers temps, plus proches que jamais. J’ai donc tout gâché, ce qu’on avait et sûrement aussi notre amitié. Quand il s’est levé, a repris ses clés et a quitté la pièce, j’ai senti mon cœur se briser, se déchirer, littéralement. C’était douloureux à en perdre mon souffle , je n’ai pas pu retenir mes larmes, dures , implacables elles ont roulé sur mes joues à un rythme effréné .

23 H 45 : whisky coca

1 H 45: whisky sec

4 H 20:bouteille vide

Je sombre enfin dans un profond sommeil; ma journée aura été affreuse jusqu’au bout.

La suite au prochain post :*

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© Copiright Alice Oyono (managée par la société GNA Communication, Yaounde Cameroun – contact : gnacommucation@gmail.com )

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