Confessions d’une fille actuelle (5)

Je vais être franche avec vous, je m’inquiète pour ma santé mentale. Disons que ma vie en ce moment c’est un vrai foutoir; un désordre émotionnel. Ça fait 4 jours que je n’ai plus de nouvelles de Zack, pas d’appels, de messages, rien. Oui bon,je l’ai un peu cherché j’avoue, mais  sa réaction est un peu exagérée si vous voulez mon avis. Après tout avant d’être des amants nous sommes d’abord des amis. Enfin bref, je suis triste…et seule. Ces 4 derniers jours en gros n’ont été qu’une succession de longues siestes, de glaces , mac do, pizzas(tout ce qui peut exister de gras pour faire court) et surtout de vodkas sifflées allègrement. Laissez moi vous dire que du ménage que le gentil jeune homme avait fait il y a peu, il n’en reste plus aucune trace.

10h46

C’est samedi, enfin le weekend. Je suis allongée sur mon lit, tête en bas, jambes contre le mur. Je réfléchis en fait. Ce qui me tracasse en cette belle matinée c’est l’existence des traînées sur Terre. Problématique existentialiste je sais, mais elle mérite qu’on s’y attarde. Je jette un œil à l’affreux jogging que je porte depuis Mardi, faudrait que je pense à l’enlever. Dehors il fait froid, gris; aucune envie de m’échapper de mon nid douillet . Et pourtant hier encore je m’étais aventurée chez Dan pour déjeuner avec Carla comme à notre habitude. J’avais bien évidemment retiré mes haillons  pour faire bonne figure, mais bon ça restait encore très rudimentaire comme présentation. Toujours est -il qu’après notre petit repas sympathique, mon amie et moi étions tombées face à face avec Zack et une étrange inconnue. (D’où la problématique de la traînée). Ornela qu’elle s’appelait. C’était une espèce hybride entre la fille des bars les plus mal famés de Chicago et la junkie de Brooklyn . Elle avait de petits yeux bleus, cernés de noir…et cernés tout court d’ailleurs. Dormait elle la nuit des fois où alors la probable recherche de cocaïne qu’elle menait l’occupait trop? Bon je vais être bon enfant et essayer de vous la décrire de la manière la plus objective possible. Elle était grande de taille, les cheveux en bataille et  d’un blond tellement artificiel qu’il en donnait mal aux yeux; son habillement quant à lui était des plus explicites: un shorty , une chemise à carreaux et une paire d’escarpins trop hauts pour le commun des mortels. Elle me dévisagea  de la tête aux pieds; je sus instinctivement que je n’allais pas l’aimer celle là.

Zack nous présenta l’individu comme étant son amie sans ajouter plus de détails. Je ne fabriquai aucun sourire pour l’occasion et fis tout pour écourter la conversation. Voila c’était la petite histoire introductive à ma thèse: devons nous vraiment vivre avec des traînées dans ce bas monde? Je me redresse sur ma couchette, à la recherche d’un stylo et d’un bout de papier. Je note:

1)Comment reconnaître une traînée?habillement, maquillage, détecteur naturel de traînées incorporé dès la naissance

2)Qu’est ce que Zack lui trouve?cerveau absent, vagin présent

3)Comment combattre une traînée? Se servir de ses poings, dents, armes à feu

4)Comment combattre une traînée quand on est une fille digne?….

Mon téléphone se met à sonner sur cette panne d’inspiration; c’est Maman. Le dîner chez mon frère c’est ce soir, elle doit vouloir me le rappeler pour la 400 ème fois. Je soupire et laisse l’engin sonner dans le vide. Regardant le petit bout de papier dans mes mains, je me creuse la cervelle pour trouver la réponse au 4ème point. Dans l’immense glace à ma droite apparaît une jeune fille à la mine mauvaise, les yeux cernés et le teint pale. Malgré le temps horrible, je décide de me vêtir et de sortir enfin de chez moi. Je rassemble en vitesse mes affaires de sport et je me lance dans la cage d’escaliers, abandonnant la petite feuille de papier sur le sol.

Le vent glacial qui me frappe de plein fouet à la sortie de mon immeuble est tout simplement agressif. Dans la rue, les gens qui déambulent ont tous des air de bonhommes de neige, emmitouflés sous 14 couches de vêtements , on ne distingue pas qui est une fille et qui est un garçon. C’est vraiment pas la période pour être célibataire . Après avoir attaché mes lacets, je commence ma course.

Il est Midi et quart quand j’arrive sous mon porche, essoufflée. Mes pieds me font mal mais je suis contente d’avoir fait un peu d’exercice, la transformation en baleine me guettait déjà. Dans la cage d’escaliers, je croise Sophie ma voisine, une sympathique rousse à l’accent britannique prononcé; elle m’invite à déjeuner avec elle , son mari et ses enfants absents. J’accepte avec plaisir, mais la case douche étant impérative, je remonte à toute vitesse dans mon appartement pour me changer. Sophie et moi on passe tout l’après midi à papoter; elle me raconte les désagréables manies de son mari, se plaint de ses enfants qu’elle qualifie affectueusement de « petites créatures démoniaques » et insulte copieusement toutes ses collègues de boulot. Je ris aux éclats, cette femme sait distraire, ça c’est sur. Le ventre plein je remonte m’allonger chez moi et sombre dans un profond sommeil.

18H06

Je me réveille en sursaut, je sens comme une présence dans la pénombre. Tâtonnant pour allumer ma lampe de chevet, je renverse au passage un objet métallique quelconque qui s’écrase avec fracas; j’entends quelqu’un soupirer. La lumière ainsi restaurée met à jour une silhouette menue, frêle,moulée dans un tailleur de soie couleur crème. Le visage de mon invitée est encadré par une coupe courte, raide; ça lui donne un air dure. Elle est sobrement maquillée et porte une très belle montre en or au poignet; escarpins aux pieds, ses jambes sont croisées à la manière d’une femme habituée à se tenir de manière stricte.

« -Maman? Mais qu’est ce que tu fais là? Et puis d’abord comment tu es entrée?

Elle me toise avec dédain et son visage se tord en un rictus de mépris.

-Crois tu vraiment que je ne possède pas le double des clés de l’appartement que je paye de ma poche?

Je frotte mes yeux, agacée d’avance par ce qui va suivre. En effet, elle lance un coup d’œil circulaire à la pièce.

-Je suppose que cet espace c’est ton salon transformé en placard géant? demande t elle

-Non maman , je…. J’ai eu une semaine difficile en fait. J’ai pas eu le temps de ranger …

Elle se lève , fait le tour de la pièce et revient vers moi.

-Vas te préparer ma chérie, on doit aller au dîner chez ton frère. »

Son ton est sans appel; je m’exécute en pestant  contre le sort de m’avoir donné une mère aussi tyrannique. Elle rigole doucement et me lance qu’elle s’en fout comme de l’an 40 de mes réflexions. Je lui tire la langue et disparais dans la salle de bain. Une demie-heure plus tard, je suis prête à partir. La jolie robe en coton couleur cerise me va à ravir, elle épouse parfaitement mes formes et tombe à merveille là où il faut. J’ai opté pour des sandales à talons hauts et un chignon lâche. Aller quelque part avec ma mère équivalait toujours à être sur son 31. Peut être cela venait de ses 30 ans de carrière dans l’un des magazines de mode les plus connus au monde; en tout cas le fashion faux pas était prohibé depuis mes  2 ans chez nous. Dans la voiture chromée qui nous attendait au bas de mon immeuble, je demandais enfin à ma mère en quoi ce dîner était si important.

« -J’ai une petite surprise pour toi » répondit-elle malicieuse.

20H12

Chez Troy c’ est une charmante petite maisonnée qui semble tout droit sortie d’un catalogue de promoteurs immobiliers; le jardin est impeccable, les herbes taillées juste à ce qu’il faut, les roses alignées de manière harmonieuse, les pierres agréablement disposées. Il vient nous ouvrir, le sourire aux lèvres comme à son habitude. Il me prends dans ses bras et me fait légèrement tournoyer dans le vide

« Salut p’tit monstre »

Maman lui fait une petite bise et l’entraîne rapidement à l’intérieur déjà lui racontant à quel point chez moi c’était en désordre etc. Je soupire, cette femme n’est vraiment pas commode. Le salon de mon frère est décoré dans des tons très suaves choisis par sa compagne Esméralda. Oui comme son prénom l’indique, c’est une hispanique. Plus précisément une brésilienne, chaude comme la braise et naturellement trop belle pour mon frère. Je l’aime bien, elle est sympa et a toujours des sacs à me refiler à l’occasion; Je la retrouve à la cuisine en pleine préparation de cocktails; on papote un peu et je l’aide à faire le service. Mon père n’est pas encore arrivé. C’est étrange, la table compte 6 couverts; je demande à Troy si on attend quelqu’un  d’inhabituel, il se contente de me répondre:

« Demande à ta mère »

Le visage de la vielle femme est malicieux, elle fuit mon regard. Je crains le pire. A cet instant précis on sonne à la porte. Ma mère et Esméralda gloussent tandis que Troy s’en va ouvrir. Je commence à me douter qu’il y a anguille sous roche , mais je n’ai pas le temps de demander quoi que ce soit que déjà mes yeux capturent l’entrée d’un beau jeune homme dans la pièce. Je commence à croire que c’est du harcèlement. James se trouve face à moi, le costume haut et fièrement porté. Evidemment il lui sied comme un  gant. Son regard se balade dans la pièce puis se pose sur moi; un sourire se dessine sur son visage, éclatant. Mon cœur reprend sa danse folle qui caractérise désormais la présence du jeune homme dans la même pièce que moi. Dans le salon,tout me parait occulté; il ne reste plus que lui et moi.Il s’avance vers moi et me fait une bise sur la joue tout en me glissant un « Magnifique  » à l’oreille. Mon corps a frémit, je n’ai pas pu l’empêcher. Très vite il entame une valse de salutations à travers toute la pièce. Je crois comprendre que tout le monde connait James ici à part moi. J’apprends que c’est un ami d’Esméralda(entre eux les bombes atomiques), et accessoirement le fils d’une collègue à maman. Je saisis enfin pourquoi le dîner était aussi important pour ma mère, elle voulait me présenter le jeune homme. Voilà une initiative que j’apprécie fortement; je remercie le ciel d’avoir une mère comme la mienne.

Mon père s’est joint à nous et le dîner bat son plein. Je suis ravie d’en apprendre un peu plus sur mon fantasme vivant. Âgé de 27 ans, James Watson Junior était né en Suisse, de père allemand et de mère égyptienne. Il avait grandi en Australie , puis en Chine, ensuite aux Etats_Unis; son père étant  diplomate, il avait beaucoup voyagé. Il était allé dans la même fac qu’Esméralda au brésil puis ils étaient arrivés ici ensemble pour finir leurs études. Il avait trouvé rapidement du travail à la SCDP où il avait grimpé de manière fulgurante les échelons et s’était retrouvé à la direction financière de la multinationale. Le parcours avait de quoi faire saliver n’importe qui, il est beau, intelligent et il gagne bien sa vie. Y a forcément un truc qui cloche chez lui, je n’ai juste pas encore trouvé quoi. Le repas se passe dans les meilleures conditions possibles, entre les blagues de mon père et les chamailleries de Troy et Esméralda, l’ambiance est au rendez- vous; je ne regrette pas de m’être déplacée. Après le dessert , James me prend à part et nous nous éloignons un peu des autres, allant vers la terrasse.

La lune est haute dans le ciel, scintillante, elle projette un halo de lumière sur nous. De près , la couleur de ses yeux est encore plus extraordinaire.

« -Tu ne trouves pas que le hasard nous réunit un peu trop toi et moi? me demande t il amusé

-C’est à se demander si c’est vraiment le hasard qui est à l’oeuvre

Il éclate de rire puis lâche:

-Je te harcèlerai donc?

il l’a dit d’un air moqueur, je réponds sur le même ton

-Qui sait? Faut reconnaître que tu n’as pas une tête commode aussi…

Il passe la main dans ses cheveux, je n’ai qu’une envie, en faire de même.

-J’avoue. Bon tu m’éviterais beaucoup de peine si tu acceptais de déjeuner avec moi très prochainement. Je pourrais ainsi arrêter de t’espionner et de te suivre partout où tu vas. Qu’en dis tu?

Il ne doit pas être réel ce garçon, c’est obligé. Je dévoile toutes mes dents;

-Je suis prête à faire ça pour toi, mais c’est par pure charité ein. »

Il sourit, me prends la main et y dépose un baiser épuré. Dieu seul sait combien je rêve d’être à la place de ma stupide main à ce moment précis. Il nous faut bien retourner à l’intérieur, papa a décidé qu’on jouerait à un Quizz ce soir. James me prend par la main et m’entraîne d’où émane un chahut convivial.

1H20

Je suis à la maison, James m’a raccompagnée. Il n’est pas monté bien sur, je ne lui ai pas proposé et je doute même qu’il eut accepté si ça avait été le cas. Il a un petit coté gentleman qui séduirait la plus endurcie des célibataires. Me déchaussant , prête à me jeter sur le lit , tout à fait satisfaite de ma soirée, je tombe sur le bout de papier abandonné quelques heures plus tôt. Le sourire aux lèvres j’y inscris:

4)Comment combattre une traînée quand on est une fille digne?Le rhume ça passe tout seul, laisser le temps faire son travail.

PS: Il faudrait déjà s’assurer que Monsieur soit le bon, pour qui bataille il y a lieu d’avoir

Je me couche finalement, heureuse et pleine d’espoir pour  le lendemain.

©Copyright Alice Oyono
La suite au prochain post 😉

DM pour donner vos avis ou com’ sur le blog ( alice_oyono ) Twitter

Jetez un oeil aussi à http://www.aliceoyono.wordpress.com

Publicités

7 commentaires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s