#Chronique10 : Mbenguiste, ton divers est dehors !

Laissons le temps d’un post les affaires de l’Afrique et la révolution technologique, aujourd’hui parlons un peu des « mbenguistes » et plus spécialement la vie d’un mbenguiste qui s’apprête à partir passer les vacances au pays. Petit détour explicatif : qu’est ce qu’un mbenguiste ? Il s’agit d’un individu qui pour des raisons de formation ou familiales  a été obligé de s’expatrier. A l’origine, ce terme se référait uniquement aux personnes habitant en France (mbeng). Aujourd’hui il est plus largement utilisé pour toute personne sortie du pays. Pour éviter les amalgames, certains préfèrent souvent parler de « voyageurs ». Dans le cadre de notre petite chronique, nous parlerons plus des mbenguistes jeunes, étudiants voir récemment diplômés qui se préparent à aller en vacances au Cameroun.

Avez vous déjà essayé de mesurer la pression et le stress que cela peut comporter de se dire qu’on va devoir « choquer » (affronter) le pays en tant que mbenguiste ?  Personne ne veut vraiment se l’avouer mais c’est une épreuve de la vie qui est dure à affronter. Vous savez le genre de défis où il y a uniquement deux choix : très bien ou très médiocre. Le juste milieu est ici totalement insatisfaisant. Tous les mbenguistes, même ceux qui se disent « je m’en foutistes » vivent cela à un moment donné. Une sorte de frustration un peu comme s’il y avait quelque chose à prouver quand on vient de mbeng.

Faisons donc ensemble le tour du guide pratique du parfait mbenguiste qui rentre au pays pour les vacances ! 

Règle 1 : Soigner le contenu de sa valise 

La personne qui a dit que l’habit ne faisait pas le moine n’avait pas pensé aux mbenguistes qui rentrent en vacances. En effet, tout mbenguetiste qui se respecte se doit de retourner en terre natale avec une valise bien garnie, chargée de toutes les dernières collections vestimentaires qu’il aura bien pu trouver. Habitant à l’étranger, celui-ci possède un meilleur accès aux différents magasins, il a la chance de pouvoir assister à toutes les promotions, il connait plusieurs périodes de soldes au cours de l’année, bref il n’a vraiment pas d’excuses. Et s’il arrive qu’il flenge, les autres  diront tout haut comme tout bas  « un an ou plus à l’étranger et mon frère tu n’es pas capable de te trouver une tenue par jour ? » Désolé mais tu es dans le « Ndemm » (expression camerounaise signifiant qu’on a rien compris au sens de la vie et qu’on est au plus bas). Au lieu de tout simplement répondre « je suis étudiant, la vie n’est pas facile », le mbenguiste va développer une sorte de frustration malsaine lui imposant intérieurement d’être mieux habillé que tous les autres. D’autant plus que les « locaux » si je peux les appeler ainsi scrutent et analysent les personnes qui vont « bisser »  les vêtements (remettre les mêmes vêtements) lors des multiples soirées et chills qui vont s’enchainer tout au long des vacances. Soulignons que les filles ont encore plus de soucis à se faire que les garçons. Déjà qu’en temps normal mettre une robe deux ou trois fois c’est pratiquement un massacre vestimentaire, mais alors le faire au pays ? C’est un suicide social. Vous vous dites que j’abuse ? Essayez alors de le faire et vous m’en direz des nouvelles. Le mois qui précède le voyage devient alors similaire à un séjour en Guatanamo. Les courses de la vie quotidienne sont remplacées par des tickets de caisse de multiples magasins à la recherche de la perle rare. Quand aux repas, ils s’enchainent et se ressemblent tous : pattes, lardons, crème fraiche pour les plus chanceux. Pour les plus strictes c’est pattes + sauce tomate ou sauce pesto ou sauce fromage toutes fraichement fabriquées par la marque de grande distribution la plus proche. Mal manger, mais être bien sapé !

Règle 2 : Se constituer un porte monnaie dix fois plus conséquent que les 3/4 du temps. 

Oui c’est bien connu, les vacances au Cameroun c’est aussi (même surtout) une multitude de soirées qui ont toutes l’air plus importantes les unes que les autres. On doit se préparer à sortir dix fois plus que d’habitude (sauf à quelques exceptions près, les grand(e)s sorteurs(teuses) ne venez pas me donner les coups de poing). Mais bon, c’est bien beau mais s’enjailler (prendre du bon temps) cela a un coût non négligeable surtout quand on vient de mbeng. L’Euro étant plus fort que le FCFA un mbenguiste se doit d’être toujours lourd. Et pour cela une seule solution : un régime drastique pendant un voir deux mois pour certains où les achats sont totalement réduits au stricte minimum. Le mot d’ordre est : économie. Les moindres cinq euros sont les bienvenus ! Faites vous même le calcul cinq euros c’est déjà 3200 FCFA, largement le prix d’un taxi course. Parce que oui quand on vient de mbeng on ne prend plus le taxi de 100 – 100 là. Que tu pars où avec ça mon frère ? Même si tu habites en face du restaurant chinois « Chez Wu » et que tu veux aller te pavaner au carrefour bastos, tu te tapes un dépôt. Parce que oui, il faut avoir la classe. Alors que soyons réaliste en mbeng le taxi coute tellement cher que pour une telle distance (qui équivaut  souvent au trajet de chez toi à la bouche de métro) tu aurais tout simplement usé de tes deux jambes.

Parlons des soirées en elles mêmes et surtout des organisateurs. Ils essaient tous de placer leurs dates de soirées  au moment où il y a le plus de mbenguistes sous prétexte que ce sont de bons payeurs. La période qui précède ton voyage, ils te harcèlent de messages, de rappels sur les prix, ils opèrent une pression démesurée sur ton esprit en te faisant comprendre que si tu n’as pas poser (réserver une table bien fournie) au cours de leur soirée tu as raté ton voyage. D’autres vont même plus loin  en essayant de faire des comparaisons (très souvent non avérées d’ailleurs) « tu sais « x » qui arrive le 25 a déjà réservé une table de 600 000 avec y et z, ils sont lourds hein la concurrence est rude ». Mais quelle concurrence ? Leur a t-on dit qu’on avait tous le même contenu de porte monnaie ? Ou alors qu’il existait un arbre magique devant lequel on fait la queue à Roissy Charles de Gaule afin de cueillir le plus d’argent ? Malheureusement, enfermé dans le système, on se résout à se dire que l’on doit prouver quelque chose (à qui ?) en tant que mbenguiste. Le concept de l’entrée libre que l’on consomme abondamment dans les 3/4 de nos soirées étudiantes disparait de notre vocabulaire. Les équations mathématiques les plus farfelues peuvent enfin commencer. Avant le départ, vidage du compte immédiat. Tant pis pour la facture numéricable ou SFR qui doit passer sur le compte deux jours plus tard. Très peu de sentiment pour la 4ème échéance de ton paiement en 5 fois que tu as contracté chez je ne sais quel service. Le plus important est le poids de ton porte monnaie durant ton séjour et bien évidement le nombre de billet de 5 ou 10 000 que tu seras capable de distribuer aux différents DJs de la capitale. Parce que oui, un mbenguiste c’est généreux, ça marche avec 20 000 de crédit de communication et ça « farote » en boite de nuit.

Règle 3 : Satisfaire les multiples « tu me gardes » 

Tous les mbenguistes ont au moins un frère, une soeur, une cousine, bref même une amie qui va te sortir un peu avant ton voyage « garde moi » (une expression d’ailleurs bien camerounaise pour signifier que la personne désire un souvenir de ton voyage, un petit cadeau). Présentée comme cela cette phrase a l’air innocente mais détrompez vous elle est cruciale. Un mbenguiste se doit d’atterrir avec les « provisions ». Parce que oui, c’est bien connu de notre côté il y a tout et en plus c’est moins cher (rires). Opressé par l’idée de devoir satisfaire les désirs de chaque membre de la famille, avec surtout les frères et soeurs qui oublient que même si on est de l’autre côté, le parent reste toujours aussi chiche, le mbenguiste va être dans les derniers jours avant son départ dans une chasse acharnée aux bons plans. Précisons quand même que les demandes ne sont jamais des moindres. Les frères et les jeux vidéos, les soeurs et les dernières tendances vu au collège, les mamans et les blocs de foie gras (ou le saumon, un autre de leur péché mignon), les papas et les chocolats (que l’on se retrouve à manger nous même lors de notre séjour), les cousines et les … Pause ! Les cousins/cousines sont particuliers. Eux, tout ce qui existe ils veulent même d’abord ! Mais je pense que le plus intriguant et le plus stressant c’est quand un parent te sort « avec tout ce que je t’envoie comme argent même le petit truc là tu ne peux pas me ramener ? ». Cette manie de mettre la pression en faisant naitre un sentiment de culpabilité, assez difficile à gérer pour le mbenguiste (oui nous sommes des martyres).

Règle 4 : Préparer son âme, sa conscience et son corps à devoir supporter le retour à la préhistoire de l’ère internet 

Un mbenguiste avant de partir prend toutes ses dispositions pour ne clairement rien avoir à faire d’important sur internet une fois arrivé en vacances au pays. Il savoure et idolâtre la fluidité de sa 4G, la possibilité de réellement suivre l’actualité Twitter en temps réel (et non en décalé de 20 minutes), la possibilité de regarder des séries en ligne, la possibilité de poster une photo sur instagram, ou même juste consulter son application de banque sur mobile. Autant d’automatismes qu’il faut mettre en sourdine le temps d’un séjour. Non pas qu’internet ne fonctionne pas au pays, bien sure que si cela fonctionne mais à quel rythme ? En fait il faut tout simplement se dire, j’ouvre une page, je pars prendre une douche, mon petit déjeuner, je tape les divers avec les gens de la maison et à mon retour je verrais surement les 1/4 de la page à l’écran. Je sais j’exagère, mais il est mieux de se préparer au pire et être agréablement surpris plutôt que de croire aux paroles du genre :  « internet marche déjà bien au pays » et tomber du dernier étage de la Tour Eiffel en se rendant compte de la vitesse.

Règle 5 : Répéter dans sa tête « Je vais au Cameroun, le pays dans lequel les svp et les mercis sont proscrits »

C’est une réalité, les s’il vous plait et les mercis ce sont aussi des délires de mbenguites. Au Cameroun c’est « je veux la tomate de 200 » puis silence de mort jamais de s’il te plait sinon tout le monde te regarde en mode « mais elle sort d’où celle là ». Car oui, tout est une obligation. Quelqu’un te demande quelque chose c’est comme ci c’était la guerre. Les gens ont une tendance accrue a être particulièrement désagréable pour tout, personne n’aborde les gens avec le sourire. Je prend juste un exemple mythique que toutes les personnes qui habitent à Yaoundé connaissent. Pouvez vous comparer l’accueil qu’il y a dans la boulangerie au coin de votre rue en mbeng et celle des servantes de la mythique boulangerie Calafatas ? C’est un choc culturel fort. Vous savez en mbeng la sortie pour aller à la boulangerie c’est une sortie matinale et agréable. On part se faire plaisir, discuter avec la boulangère (bon cela marche pour « l’épicier » aussi hein) du coin, se socialiser avec les gens des environs. Mais au pays quand tu arrives devant calafatas déjà tu commences à avoir peur si tu n’as pas de monnaie. Parce que oui, à Calafatas il n’y a jamais de monnaie. Ensuite il faut se préparer à lutter pour pouvoir payer ce que l’on a commandé : le principe de la queue devant la caissière est totalement inexistant dans l’esprit collectif. Et pour finir il faut essayer de garder son sérieux face à l’étonnement, la stupefaction et l’amusement (oui un cocktail assez explosif) qui vont nous envahir quand la servante fera une belle grimace bien camerounaise en te servant. Certains endroits sont réellement dans un autre monde. Ils ont instauré leurs propres règles de fonctionnement et il faut se préparer à s’y adapter.

Bon arrêtons nous là ! Vous pouvez ajouter vos règles en commentaires. On s’amuse, on n’affiche personne. Chaque mbenguiste se reconnaitra au moins dans un de ces éléments. On va dire que cela met encore plus de pression pour les vacances (ou bien ?).

Bonne soirée 🙂

Par Gaëlle Onana

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5 commentaires

  1. Du courage! Krkrkrkkrk. Et Svp les gens qui vont en Tunisie Maroc Burkina là, mbenguistes c ceux qui traversent au moins un ocean ou la méditérannée. Dc renrez sans crainte

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