CONFESSIONS D’UNE FILLE ACTUELLE (12)

Le reste de ma journée s’est déroulé sans anicroche, paisiblement.  J’ai pris le temps de digérer la nouvelle : l’homme de mes rêves est marié à la femme de ses rêves à lui. Pas de quoi en faire tout un plat. Après notre petite entrevue j’ai préféré mettre fin à notre début de relation et retourner travailler. Ma  collègue blonde de bureau-dont le prénom m’échappe toujours- n’avait pas cessé de me toiser pendant toute la sainte journée. Je n’étais même pas assez en colère pour lui rendre l’appareil, une fatigue émotionnelle m’avait gagnée si bien que l’ensemble de mes gestes était à présent au ralenti.

En tournant les clés dans la serrure de mon appartement, je me sens tellement épuisée que j’hésite un instant à m’allonger sur le sol glacial du couloir. Mes pieds sont littéralement en feu ; pourquoi avoir mis ces escarpins déjà ? Ah oui pour impressionner la femme de mon ex petit copain. Bah bravo Typhanie.

Une senteur boisée émane de mon salon, l’air semble s’être fait la malle pour laisser place une fragrance de parfum particulièrement étouffante. L’appartement est encore dans la pénombre mais je sais d’ores et déjà qui est installé sur mon canapé.

« Tu sais ma chérie, ce serait de bon ton de remplir ton frigo une fois tous les 15 du mois au moins. Je meurs littéralement de faim »fait une voix familière.

Un maigre sourire se dessine sur mes lèvres et d’un geste sec je rétablis la lumière dans la pièce. Le vieil homme taquin affalé sur mon sofa n’est autre que mon père. Je le toise avec dédain et envoie mes affaires valdinguer sur le lit.

« -Tu m’explique pourquoi tu étais assis dans la pénombre ?

Il sourit de toutes ses dents et me fait un clin d’œil.

-Je voulais un effet dramatique ma chérie.

J’éclate de rire et le prends dans mes bras tendrement. Sa peau est douce comme toujours, mais sa barbe est un peu trop fournie à mon goût ; ça me chatouille un peu. Il s’écarte et me dévisage pendant une longue minute.

-Tout le monde a une clé de mon appartement au fait ? Je trouve ça assez culotté de débarquer comme ça à l’improviste. Et si tu m’avais trouvée accompagnée ?

Je file dans la cuisine et lance rapidement quelques frites dans une poêle grise qui git sur la plaque chauffante. Deux steaks s’en suivent, toujours avec la même désinvolture  qui me caractérise quand je fais à manger.

-Ma chérie ne te tracasse pas pour moi, j’ai déjà diné. Pour tout te dire c’est un hasard complet si je suis ici. Je passais simplement dans le  quartier et j’ai vu ta voiture coincée dans un bouchon à l’angle de la 4ème rue de Wolf et St Claire…

-Alors laisse-moi deviner, tu as accéléré et t’es dépêché de venir te cacher ici pour me faire une farce ?

Il ne répond pas, se contentant de sourire bêtement.

-Papa tu es trop gamin ! Et je peux savoir où tu as eu un double ?

Il ramasse son manteau d’une main et vient m’embrasser par-dessus les crépitements du feu.

-On a tous un double. Ton frère y compris. C’est une idée de ta mère. »

Note à moi-même, penser à récupérer toutes ces clés au plus vite. Papa chipe une frite dans le saladier et s’en va sans aucune forme de cérémonie. Dire qu’il ne m’a même pas demandé comment j’allais ; un vieil impoli ce Monsieur. D’un autre coté je lui en suis un peu reconnaissante, vu la journée que je viens de passer, je n’aurais pas pu supporter  une discussion paternelle sur comment va ma vie.

J’engloutis avec passion mes steaks et mes frites devant la rediffusion de ma série TV préférée. Jim s’apprête à faire sa demande à Carole, le décor est si romantique ; et la musique de fond…je fonds. Je décide d’éteindre cette satanée machine à rêves et envoie la télécommande à l’autre bout de la pièce. Les relations amoureuses c’est vraiment PAS COMME DANS LES FILMS. C’est l’exact opposé même. (Je décide entre deux ruminements de me chopper un verre de vin rouge). Déjà de un, les deux imbéciles concernés ne tomberont jamais amoureux au même moment, ni à la même minute ni même au cours du même mois. Y en aura toujours un –le plus débile- qui tombera avant et sera éperdu d’amour plus que de raison tandis que l’autre gardera toute sa lucidité pendant des mois, voire des années. Les films, ça ils ne vous le disent pas ! De deux, les malentendus et non-dits dans les films sont très souvent éloignés de la réalité ; dans la vraie vie on appelle ça mensonges et infidélités.  Oui parce que dans la production Hollywoodienne, ce que Jason pense avoir vu en rentrant à l’improviste chez lui c’est Emma dans les bras d’un autre certes, mais la vérité sera rétablie 30 minutes (du film) plus tard que l’homme qui enlaçait Emma était en fait Ethan, son grand frère venu de New York pour le weekend. Là tout rentrerait dans l’ordre, les bisous fuseraient et tout le monde danserait sur une musique de fond totalement Kitch. OR dans la vraie vie, tout n’est que mensonge, faux semblants et secrets énormes dans le style « ah mais au fait je suis marié ! » Détail qu’on omet volontairement de mentionner lors d’un foutu premier rencard !! Mon verre de vin est vide. Je me lève pour aller me resservir lorsque j’entends la sonnerie de mon portable. Je jette un coup d’œil à l’appareil : le prénom maudit s’affiche en appel entrant. J’ai envie de balancer mon téléphone contre le mur en brique du salon, mais je n’en fais rien ; il m’a couté trop cher et je l’adore trop pour ça. Je décide donc de boire mon verre et de mettre mon téléphone sur silencieux. Les messages succèdent aux appels restés sans réponse ; il me vient à l’idée de bloquer le numéro du jeune homme mais je me rappelle que c’est aussi et avant tout mon Patron ! Compliqué !

« Typhanie aie l’amabilité de décrocher ton téléphone je te prie »

Je pouffe de rire. Il est poli même par message c’est fou.

« Tu ne m’as pas laissé m’expliquer tout à l’heure. La nature de ma relation avec elle est purement professionnelle. Il n’y a plus rien entre nous je te l’ai dit »

Exception faite d’un contrat de mariage et d’une société au capital exorbitant.

« Bon sang Typhanie Décroche »

Je fais mine de n’avoir pas senti la larme qui a défilé sur ma joue ; je l’essuie d’un revers de la main. Ce que je peux être sentimentale des fois. Je soupire.

Il est minuit quand je décide qu’un bain me fera le plus grand bien. Ma bouteille est d’ores et déjà vide, la seule option qui s’offre à moi c’est le sommeil. Je traine donc péniblement mon corps jusqu’à la douche où je me laisse choir lascivement dans la baignoire, l’eau chaude brulant ma peau.

Je tape un message à l’intention de Carla  de mes doigts mouillés :

« Les hommes ça craint »

Elle me répond immédiatement.

« Je sais. Tu veux que je passe ? »

Toujours disponible pour moi ; c’est assurément ma meilleure amie de toute la galaxie ce petit bout de femme.

« Non ça va, on se capte demain ; suis trop crevée »

Je me laisse rêvasser un instant tout en me trémoussant dans mon bain bouillant.

« Okay, tu me déballe tout demain. Je t’aime bébé »

Un mince sourire fend mon visage en deux et tandis que 3,4,5 larmes commencent à déferler sur mes joues brouillant ainsi ma vision, je laisse retomber l’engin sur le sol dur  et m’immerge complètement dans l’eau chaude.

La suite au prochain post 

                                                                  

Lâche un com’                                            Twitter : alice_oyono

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s