Deux femmes, une histoire, une inspiration !

Dès notre plus jeune âge, nous sommes conditionnés par des règles, normes et valeurs impulsées par la société et transmises par nos parents. Aussi loin que je m’en rappelle, celle qui m’a le plus marqué est une règle assez banale « une fille ne fait pas ça ». En réalité comme vous l’aurez remarqué il ne s’agit pas réellement d’une règle, mais plus d’un état d’esprit qui condamne de manière stricte tout un tas de choses que la société refuse que les filles fassent. En Afrique, toutes ces règles sont aussi ornées de belles traditions ancestrales que chaque tribu s’efforce à faire perpétuer. Je me souviendrais presque toute ma vie de la claque de ma mère lorsqu’elle a appris que j’avais mes règles. Ne me demandez pas pourquoi, c’est ainsi dans sa tribu. Une sorte de rite qui marque le passage à l’âge adulte. Assez particulier quand même !

Aujourd’hui, alors que ENEO avait encore frappé et que je me retrouvais sans internet au bureau, je me suis questionnée sur la place qu’a possédé la société au sein de mon éducation d’une part, d’autre part sur comment elle influence ma façon actuelle de penser et de me comporter, et enfin, avec une petite projection comment j’aimerais manier celle-ci dans l’éducation de mes futurs enfants.

Je suis née en France au courant des années 90, 1994 plus précisément. Comme vous l’aurez compris je n’ai que 21 ans, vous m’excuserez donc si certains d’entre vous voient dans mon propos un manque de recul ou de sagesse. Néanmoins, je suis de ceux qui pensent que la maturité n’est pas une question d’âge, d’autant plus que celui-ci n’est qu’un chiffre. Enfin bref, revenons au vif du sujet. Comme je l’ai expliqué, je suis née en France, où j’y ai grandis jusqu’à l’âge de 6 ans. J’ai oscillé entre la région parisienne et le Nord de la France qui est d’ailleurs ma terre de naissance. De ce fait, le début de mon éducation a été fortement occidental. Je me levais le matin, je brossais mes dents, je descendais prendre mon petit déjeuner et j’allais à l’école à pied ou en bus au bout de la rue accompagnée de ma grand-mère pressée de devoir rejoindre son lieu de travail. Ma meilleure amie habitait juste en face de chez moi, elle avait le même âge que moi, nous allions dans la même école et oui, elle était blanche. Je garde un souvenir plutôt positif de cette période de ma vie. J’ai eu à ce moment une partie plus qu’importante de mon éducation. Elle a été largement inculquée par ma grand-mère, femme d’origine africaine venue en France avec ses sept enfants pour essayer de réussir sa vie. Je grandis donc dans le cliché du regroupement familial, avec une famille nombreuse, une mamie battante qui se levait tous les matins à 4h pour aller au travail et une vie modeste. C’est ici la première éducation que je reçois. Une au sein de laquelle le travail a une valeur profonde et immense. Une au sein de laquelle on ne dépense pas sans compter. Mais surtout une au sein de laquelle quand il y en a pour un, il y en pour tous. Je n’ai jamais ressenti le manque et aussi loin que sont mes souvenirs je ne me suis jamais senti malheureuse. Bien au contraire même !

Dans le courant des années 2000, je quitte la France pour rejoindre ma mère qui avait décidé de rentrer s’installer au Cameroun. Je vivais donc l’histoire à sens inverse. Comme ma grand-mère il y a quelques années, ma mère décidait de tout quitter pour venir faire le pari de l’Afrique, deux enfants sous les bras. C’est au quartier Essos que nous avons posé nos valises. Dans un appartement modeste mais moderne en pleine bordure de route. Fini l’école au pied de la rue et la meilleure amie en face de chez moi. Très rapidement, c’est à l’école privée La Patience que j’avais été inscrite. Une école qui à cette époque était un réel luxe pour nous. Ne vous voilez pas les yeux, le pari du grand retour n’est pas chose facile. Afin de subvenir amplement à nos besoins ma mère avait loué un local en face de la maison. On y trouvait une boutique, mais aussi des beignets haricots tous les matins. Une activité qui me permettait de me rendre tous les jours à l’école. Cette école où les ¾ des élèves avaient des parents qui ne vivaient eux aucunes difficultés. Je ne me suis jamais sentie étrangère. Pour vous dire la vérité, ce n’est qu’avec du recul que j’aperçois les signes de la réelle condition dans laquelle nous étions. Ma mère se battait afin que nous ne manquions jamais de rien. Alors que j’évoluais tranquillement vers ma dixième année sur terre, encore une fois l’histoire se poursuivait. Les mêmes valeurs, les mêmes images et le même résultat. Encore une femme plus que battante, qui se levait tous les jours pour que je réussisse ma vie.

Vous savez la société est assez particulière ! Vivre ainsi avec des exemples de famille mono parentale au sein desquelles les femmes sont de vraies battantes, ce n’était pas à cette époque-là quelque chose de très sexy ! Aussi loin que je m’en rappelle, j’ai pleuré plus d’une fois de ne pas être récupérée par mon papa à l’école. J’ai aussi pleuré plus d’une fois de ne pas pouvoir participer aux conversations des autres enfants sur leur belle famille unie. En effet, j’ai évolué dans un univers au sein duquel la femme née et grandit afin de pouvoir se marier, faire des enfants, fondée une famille et garder son mari. J’exagère peut être un peu, mais au Cameroun, c’est ainsi que je percevais les choses quand j’étais jeune. Et qu’on le veuille ou pas c’est ainsi qu’une grande partie de la population pense encore aujourd’hui. A tort ou à raison ? Je ne saurais vraiment vous le dire. Ce que je sais c’est que dans mes prières, pendant longtemps dans mon adolescence, j’ai espéré pouvoir trouver un mari et fonder une famille. Pourquoi un tel acharnement si jeune ? Uniquement car la société ne me montrait pas que ma grand-mère et ma mère étaient des héroïnes. Elle me montrait uniquement leurs difficultés : celles de devoir élever des enfants seuls ou alors devoir tenir une famille seule. La société les avaient placé en perdantes à mes yeux au lieu de les placer en gagnantes.

Cela a beaucoup influencé ma vie, vraiment. Dans ma façon de me comporter en couple quand j’étais très jeune, j’ai toujours été défaitiste et victime. Je me disais que mes mamans avaient été trop exigeantes d’une part mais surtout trop émancipées. Dans ma tête, une femme devait tout accepter, l’essentiel était qu’elle puisse trouver un homme qui reste avec elle tout au long de sa vie. C’est l’esprit que j’avais à l’âge de 16 ans, mon baccalauréat en poche et en route pour découvrir de nouvelles choses en France. Mais, j’avais aussi un esprit plus positif, celui de reconnaissance. On dit souvent qu’il ne faut pas faire l’école pour ses parents. Moi cette phrase elle ne me dit rien, j’ai fait l’école pour ces deux femmes : ma mère et ma grand-mère. Tout simplement car, elles se sont levées devant mes yeux tous les matins pour que je puisse obtenir mon baccalauréat. J’avais une rage de vaincre, celle de les rendre heureuses et fières. Je pense qu’au fond je ne suis pas forcément très intelligente, je sais tout simplement ce que je veux. Je voulais qu’elles ne regrettent pas leurs sacrifices.

Aujourd’hui, c’est une tout autre image que j’ai. En effet, après plus de 10 ans à travailler de manière acharnée, ma mère a enfin réussi. Elle a vraiment réussi, tellement bien que tous oublient par où elle est passée. La société me le fait d’ailleurs payer. J’ai déjà été taxée d’enfant gâté qui ne connait pas les valeurs de la vie. Le plus marrant est que 80% de ceux qui le disent dans mon entourage ont eu une enfance plus opulente que la mienne. Mais, la société leur demande de ne voir que l’arrivée mais jamais le départ ou le chemin parcouru. C’est triste de voir comment les camerounais sont limités. Dans tous les cas, aujourd’hui je puise ma force dans ces deux exemples. En effet, quand on se donne à fond on peut partir de rien et arriver à tout. Comme ma mère, on peut partir de la vente de cannettes dans une glacière aux abords de la Tour Eiffel à l’une des plus grandes imprimeries du pays qui comptent parmi ses nombreux clients la Présidence du Cameroun. Comme ma grand-mère on peut partir du ménage dans les hôpitaux en France à une famille de 7 enfants qui ont tous réussi, une vie paisible dans sa maison personnelle en France et une charmante armée de petits enfants.

Aujourd’hui je me suis demandée ce que mon éducation avait eu comme impact sur ma vie. Je pense qu’elle m’a donné la rage de vaincre et la force de réussir. Je me suis demandée ce que la société a eu comme impact dans ma vie, j’ai compris qu’elle m’a longtemps voilé la face sur l’essentiel. Et si je devais demain donner un conseil à mes enfants ce serait : « Dans la vie, quiconque veut, peut réussir. Depuis trois générations, c’est une âme de battants qui habite notre famille. Il suffit de prendre son courage, puisez la force dans les meilleures expériences et se donner à fond ».

Vous l’aurez compris, je veux et je peux ! A bon entendeur …

Gaëlle ONANA

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