« Ma chère Petite Gayou » – Lettre ouverte à la fille que j’étais à 16 ans.

2010, mon baccalauréat économie en poche, âgée de 16 ans, je prenais mon envole. Je quittais le nid familial, pour aller « me chercher en France ». Près de 8 ans plus tard, j’ai essayé de me remémorer la jeune fille que j’étais à ce moment là et j’ai imaginé ce que j’aurais voulu lui dire, moi, Gaëlle Stella, âgée de 24 ans, bientôt maman. Ce que je lui aurais dis si j’avais eu l’opportunité de lui parler. J’ai donc voulu rédiger cette petite lettre, quelques lignes qu’au final je m’adresse à moi-même, à la jeune fille que j’étais et à la jeune femme que désormais je suis. En huit ans, les choses ont changé, les réussites, les échecs, les rencontres, les déceptions, qu’on le veuille ou non, je ne serais surement plus jamais cette petite fille de 16 ans, les étoiles dans les yeux, heureuse de pouvoir bientôt voler de ses propres ailes. Je vais essayer de faire court, mais vous me connaissez, j’écris comme je pense et avec mon coeur, comme on dit chez moi : « ça sort comme ça sort ». J’espère que des personnes jeunes ou moins jeunes que moi, en tireront quelques expériences de vie.

Ma chère Petite Gayou Lettre ouverte à la fille que j'étais à 16 ans.


« Ma petite Gayou,

Je te regarde et je suis heureuse de voir à quel point tu es excitée à l’idée de pouvoir voler de tes propres ailes. Tu en as bavé pour avoir cette liberté, tant convoitée très jeune déjà vu que tu côtoyais très vite des personnes plus âgées que toi. Toi ma petite Gayou, cette petite fille toute frêle, très déterminée et pleine de rêves, je t’écris cette lettre 8 ans plus tard pour te dire qu’aujourd’hui tout a changé. En bien ? Je ne saurais te le dire … Mais une chose est sure, tout a changé.

Je me souviens encore de tes premiers pas à l’Université Catholique de Lille. Tu étais tellement mal habillée. Normal, tu avais été habillée par maman, qui essayait de te donner un look de vieille dans ton petit corps de gamine de 16 ans à qui on en aurait donné à tout casser 13 ou 14 ! Je me souviens que tu voulais faire de l’économie ou du droit, mais que tu n’étais pas dans les temps pour déposer tes dossiers de candidature et que par défaut / hasard, après avoir raté le concours commun pour intégrer Sciences Po Lille en première année, tu as fini en première année de Médias et Communication. Tu ne savais même pas ce qu’était la communication ou le journalisme, mais tu savais déjà bien écrire, tu aimais beaucoup écrire. Je me rappelle avec émotion de ton mini livre sur la vie des enfants divorcés. Tu y avais partagé ton témoignage, une sorte de cri de coeur, qui avait fait couler quelques larmes à maman d’ailleurs. Je tiens vraiment cela de toi, cette passion pour le partage, l’envie de transmettre à travers des mots une ou plusieurs émotions, la capacité à s’ouvrir au public de manière simple et sans complexe, j’ai vraiment gardé cela de toi ma petite Gayou.

Ta première année a été pour toi, une vraie découverte de la vie. Heureusement tu t’es très vite fait des copines, tu as pu faire tes premières sorties, te taper tes premiers délires d’étudiante, vraiment je me rappelle que tu as beaucoup aimé. Mais bon, tu t’es laissé pendant tes deux premières années aller à certains petits démons tels que le tabac. Heureusement aujourd’hui, ça fait deux ans que j’ai réussi à m’en débarrasser. Mais je ne t’en veux pas, je crois aussi que quand on est aussi jeune et qu’on veut s’intégrer aux autres, il arrive que l’on prenne les mauvaises décisions juste parce qu’on a envie de paraître cool. Je pense que cela fait partie du jeu de la vie, le plus important pour moi est d’avoir réussi à rattraper ta petite erreur. D’ailleurs quand j’y pense, je me demande ce que tu appréciais tant dans la cigarette, juste l’odeur me semble aujourd’hui tellement désagréable.

Tu as commencé à vraiment grandir quand deux ans après tes deux premières années d’étude, tu as décidé d’aller continuer tes études sur Paris. Après avoir raté pour une deuxième fois le concours d’entrée à Sciences Po. Un vrai coup de massue pour toi si déterminée, qui pensait que le premier échec n’était que le fruit d’un mauvais hasard. Je pense que là a commencé ta première remise en question. Pour une jeune fille à qui tout réussissait, qui y arrivait toujours sans forcer, tu as compris que dans la vie, seul le travail en continue paye. Je sais que durant tes études au lycée, tu as souvent privilégié le travail de dernière minute, juste pour valider ton année. Tu n’as jamais été acharnée par le fait d’être première de la classe, pourtant tu avais quand même sauté deux classes. En réalité, tu te complaisais à être juste une élève moyenne. Et je pense qu’avec deux échecs essuyés, tu as compris que dans la vie, il faudrait arrêter de courir juste pour atteindre la ligne d’arrivée, il faut courir pour l’atteindre parmi les premiers. C’est dans cet esprit que tu as commencé ta 3ème année à l’Université de Versailles. C’était tout nouveau pour toi, une nouvelle ville, un nouvel établissement, une nouvelle vie (encore). Je pense que je tiens mon ardeur et ma rage de vaincre de cette année que tu as passé à Paris. Malgré les deux précédents échecs, tu avais quand même décidé de représenter une nouvelle fois le concours à Sciences Po, cette fois ci pour entrer en Master. Et au final, quel bonheur de se voir réussir quand on s’en donne vraiment les moyens. J’en ai encore les frissons quand durant cette année, tu as reçu deux bonnes nouvelles : tu étais admise à Sciences Po Lille et à Sciences Po Bordeaux. Après deux cruels échecs, tu n’avais pas baissé les bras et tu avais mis enfin tous les moyens de ton côté pour réussir. Tu as donc compris que tu n’étais pas moins intelligente, tu étais toujours aussi douée, que la Gaëlle de l’école primaire, tu aimais toujours autant te battre pour réussir et faire partie des meilleurs, le problème c’est que tu avais juste pris de mauvaises habitudes.

Ton concours en poche, c’était donc le grand retour à Lille après un an à Paris. Un début d’année difficile. Tu avais fait une sorte de crise d’adolescence tardive, qui t’avais mis dans de mauvaises dispositions avec maman. Et tête de mule que tu es, tu voulais lui prouver que tu peux t’en sortir toute seule. Tu refusais quelconque argent qu’elle voulait bien te donner. Tu as donc trouvé une petite chambre étudiante sur Villeneuve D’Asq. Tu partageais avec la dizaine d’étudiants du couloir une salle de bain et des toilettes communs, ressemblant à des douches publiques ou si on veut être gentils des douches de salles de sport. Il fallait se lever avant 8H30 pour espérer avoir de l’eau chaude et/ou des toilettes propres. Ton lit était à peine un lit une place, tu avais à peine de quoi faire à manger dans ta chambre de 9m2. Quelle période quand même ! Ce que je retiens de cette période que tu as traversé, c’est qu’il faut savoir assumer ses actes. Avec du recul, je me rends compte que tu avais fait du mal à celle même qui s’est toujours battue pour que tu puisses avoir tout ce dont tu as besoin. Je me souviens que tu as fais une première rencontre avec Jésus lors de cette période. Tu passais des heures la nuit, à lui parler, à lui demander ce que tu devais faire pour changer la donne. Et il t’écoutait, t’envoyait beaucoup de signes, de messages, t’aidait beaucoup. Tu priais vraiment beaucoup à cette période, car tu avais besoin d’un repère et tu avais compris que ce repère était en Jésus. Et puis cela faisait presque deux ans, que tu connaissais ton Bae – le même encore aujourd’hui d’ailleurs et oui 5 ans déjà le temps passe vite – mais la relation n’était pas de tout repos. Vous avez traversé des périodes difficiles, très difficiles même. Je te vois encore entrain de pleurer, de te remettre en question, te demander s’il faut continuer ou tout arrêter. Je te vois encore, toute frêle, avec 300 questions qui défilaient dans ta petite tête. En fait, tu devenais vraiment adulte, tu devais pour la première fois dans ta vie compter sur une seule personne : toi. Heureusement cette période a fini par passer et tu as trouvé ensuite un nouvel appartement et grâce aussi à tes nombreux petits boulots, tu as pu reprendre unevie normale. D’ailleurs, je me rappelle là quand tu avais postulé pour faire du ménage chez une étudiante. Oui, du ménage ! Tu étais arrivée, tu avais trouvé la fille très sympa qui devait déménager le lendemain et avais besoin d’une femme de ménage pour remettre au propre son appartement. Et tu avais passer trois heures de temps à tout récurer, sans complexe et sans états d’âme. Car au final, tu avais besoin d’argent et tu devais travailler pour t’en procurer, pas question de sombrer dans la facilité !

Dernière année, 2014. Je pense vraiment l’une des meilleurs rien à dire. Alice, avec qui je partage aujourd’hui ce blog, ta belle soeur débarquait à Lille pour ses études. Au départ, tu squattais chez elle et ensuite tu as trouvé un appartement, juste au dessus de chez elle, dans le même immeuble. Ce fut une très belle année, que l’année 2014/2015. Tout d’abord car tu as fais une deuxième rencontre avec le Christ mais aussi car tu as rencontré quelqu’un qui t’a beaucoup apporté. Au delà d’être ta belle soeur, elle est vite devenue une amie, une conseillère et les délires ce sont multipliés (je pense que quand elle va lire ceci, je vais plus respirer. Tellement rare que je la complimente). Mais l’année scolaire était courte, car composée d’un semestre à peine pour toi. Il fallait directement retourner à Paris, pour commencer ton stage de fin d’études. Tu avais trouvé un excellent stage chez Publicis, tu gagnais presque le SMIC pendant celui-ci, tu te sentais trop fraiche ! Sur Paris, c’était une autre vie (encore) que tu entamais : metro – boulot – dodo – party ! Un excellent cocktail que tu as partagé avec des copines qui pour certaines ne le sont plus aujourd’hui. Durant cette période, tu en as fais des erreurs ma petite Gayou. Vraiment pas mal ! Mais bon, comme j’ai dis cela fait partie de la vie.

Tu as vécu beaucoup de choses, des choses qui font aujourd’hui de moi celle que je suis. Je te remercie de m’avoir aidé à avoir cette rage de vivre, de vaincre et de réussir. Tu as connu des bons et des mauvais moments, mais au final tu y es arrivée. En 2015 grâce à toi ma petite Gayou, je serrais fort dans mes mains, mon diplôme de Master à Sciences Po Lille et je faisais le bonheur de ma reine : ma mère. Je te remercie aussi de m’avoir appris la valeur de la vie. Je te remercie de m’avoir appris la valeur de la famille. Je te remercie de m’avoir appris l’importance de l’amour. Je te remercie pour toutes ces rencontres, qui m’ont amené tellement de choses dans ma vie : bonnes comme mauvaises. Tu étais jeune quand tu as quitté le nid familial, seulement 16 ans, mais quand je regarde, tu étais déjà tellement mature. Tu aurais pu ne pas arriver, tu aurais pu baisser les bras, tu aurais pu terminer dans tellement de coups foireux, mais tu as maintenu ton objectif : celui de réussir. Si tu ne l’avais pas maintenu, je ne serais pas celle que je suis aujourd’hui. Je peux t’en vouloir pour beaucoup de choses, car tu en as fais des conneries, mais désormais j’ai décidé de plutôt te remercier. In fine, ce qui compte c’est comment les choses ont pu évoluer. Tu sais aujourd’hui, souvent je me sens fatiguée, épuisée, lessivée, incomprise … Mais à chaque fois, je repense à toi. Je me dis si tu  réussi, du haut de tes 16 ou 18 ans, pourquoi je n’y arriverais pas moi du haut de mes 24 ans. Comme tu le sais, je serais bientôt maman ma petite Gayou, et au final j’aimerais que mon enfant ait autant de rage de réussir que toi plus tard. Je ne pourrais pas l’empêcher de faire ses propres erreurs et sa propre expérience de vie, car comme tu en a fais, il en fera aussi, et cela lui permettra de devenir une meilleure personne. Je crois que je ne lui cacherais pas qui tu étais ma petite Gayou, je lui dirais à quel point tu as échoué et à quel point tu t’es battu. Je lui dirais à quel point tu as pleuré et à quel point tu as ris. Je lui dirais à quel point tu es tombée et comment tu t’es relevée. Car avec du recul, j’ai compris que ma petite Gayou, tu n’es pas une partie de moi qu’il faut cacher, mais qu’il faut assumer. Tu m’as apporté tellement de choses. Je voulais donc te faire cette lettre pour te dire merci. Et surtout pour dire à mes lectrices aujourd’hui, que nous venons tous de quelque part, nous avons toutes été quelqu’un que peut être nous regrettons aujourd’hui, mais au final, c’est cette somme de nous qui fait celle que nous sommes. Il ne s’agit pas de renier son passé, de renier son histoire, mais il s’agit d’apprendre à aimer celle que nous sommes devenues grâce à celle que nous étions avant. Pour moi qui aujourd’hui est en Christ, je sais que toute chose ancienne est passée, celle que j’étais hier n’est plus, le Christ a fait de moi une nouvelle créature. Mais je sais aussi que c’est parce que j’ai été celle que j’étais, que j’ai su saisir l’importance de mettre Christ au centre de ma vie.

Ma chère Gayou, à travers cette lettre je te dis officiellement merci et au revoir. Car je ne serais plus jamais toi, c’est certain. Mais je ne t’oublie pas ! Bien au contraire, je te garde dans mon coeur. Et je te promets de toujours garder le positif de toi afin de continuer à être une meilleure personne ».

Et vous, que diriez vous à l’ancienne vous ? Quand vous vous regardez aujourd’hui, quelle image avez-vous de l’adolescente que vous étiez il y a quelques années ? N’hésitez pas à le partager avec moi en commentaire

Je n’ai pas abordé dans ce post, les échecs liés à l’entrepreneuriat, je réserve un post entier là dessus. Il sera pas en ligne d’ici tôt, mais je reviendrais sur mon aventure : assez riche en erreurs d’ailleurs quand j’y pense.

4 commentaires

  1. Gaelle, merci pour ces quelques lignes. C’est très inspirant. Merci de nous rappeler que ce ne sera pas facile, que nous commettons des erreurs, que nous ne sommes pas parfaits. Merci de nous faire comprendre qu’il faut savoir s’accepter pour mieux avancer. 🙏🏽

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  2. jai.bcp aime.le courage que tu as de partager, jespere aussi ecrire.une lettre a ladolescente que.jai ete.
    je me rends compte que jvais.dans mes.mails chaque jours pour.verifier.que.vous navez pas laisser quelques mots qui minspirent au.quotidien:)

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  3. Bel article bien écrit surtout. Ca se sent que c’est avec votre coeur que vous vous exprimez. Je me demandais si vous mm vous avez vécu le divorce de vos parents ou était ce un témoignage recueilli? On ne se connait pas mais vous avez sû creer un lien entre vous et nous. Ca m’a inspiré de faire la même chose et de dire à mon moi de 16 ans que oulalaaa les choses ont changé ma vieille.

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    1. Merci beaucoup d’avoir pris le temps de lire. Et c’est pour ce lien unique que l’on crée à travers les mots que je tiens ce blog. Je pense que des sensations uniques naissent de la lecture. Pour ce qui est du divorce, oui je l’ai vécu moi même. C’était donc mon propre témoignage avec mes mots à l’époque (11 ans je crois bien) que je faisais. J’avais pris beaucoup de plaisir à l’écrire. J’espère pouvoir échanger avec vous prochainement sur le blog

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